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Autour de Sereine 1/7

Sereine est un court texte paru en 2025 aux éditions de la Force G. Christian Chavassieux avait écrit sur ce travail d'écriture particulier. 

Enfant, je crois que j’étais fou. On me pensait excentrique, un peu artiste, parfois drôle. Au fond, je crevais vif. Cependant, mes moments de vraie folie, de folie inquiétante, je les vivais à l’intime. Je me présentais face au miroir de la salle de bains, je me fixais, absolument, sans ciller, les yeux dans les yeux, et je déroulais à haute voix une sorte de mantra : « tu n’es pas Christian Chavassieux, tu n’es pas Christian Chavassieux »… Cela demandait une concentration énorme, le processus était parfois long mais, si je m’y tenais, si j’osais aller au bout, soudain, se produisait un déclic horrible : j’étais comme arraché de moi et c’est le reflet qui prenait ma place, je me voyais... depuis la glace ! Je ressentais alors une peur odieuse, un électrochoc me ramenait à moi-même et rejetait simultanément le reflet à sa nature d’image plane. Le cœur malmené, au bord du malaise vagal, j’errais dans la maison, me jurant de ne plus jamais recommencer.

Et puis, un jour, le phénomène a cessé. Disparu comme il était venu. Mes séances devant la glace étaient devenues infructueuses. Le reflet n’usurpait plus mon âme. Ma folie avait cédé le pas laissant en moi une source. Elle ne m’avait pas investi en vain.

Je me faisais du mal, je fonçais tête baissée dans les murs, avec la volonté, au moins, de m’assommer. Pas de suicide en arrière-pensée, il me semble, juste l’étourdissement brutal, sec, le goût d’une certaine violence, l’adrénaline avant le choc. À la ferme, je me battais avec les béliers, les boucs et les chiens. À l’école, je m’élançais contre les plus forts, désireux d’en finir avec quelque chose qui hurlait en moi. Je m’enfonçais des pointes de compas dans les paumes, dans les bras.

Souvent, je fixais le soleil pour éprouver sa brûlure.

Depuis, j’ai des problèmes de cervicales et quand, allongé, corps en cire dans la canicule, nuque dans l'herbe, je prends un bain de clarté face à moi, reviennent sur la paroi bleue immaculée, les coutumières taches noires et grises qui rayent mon ciel depuis ce temps. Elles sont là, stigmates de qui j'étais, de cette folie domestiquée à présent. Elles seront encore là, dansant sur l'écran du mur que je fixerai, particules nocturnes, fourmis infatigables, jouant sur le dernier sourire qui me consolera de les quitter.

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