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"La première cérémonie" : scène supprimée

Ici, la scène posait plusieurs problèmes. De cohérence historique (les religieuses ne surveillaient pas les ateliers) et dramatique (Angèle n'était pas assez "retorse", il fallait une vraie ruse plutôt qu'un seul exemple de culot). 

"La première cérémonie" sortira le 11 février chez Phébus.

Angèle donna un coup de coude à Lucienne. Trop tard : une sœur les avait surprises, distraites de leur ouvrage par quelques mots échangés. C’était sœur Agnès, la plus teigneuse, qui se désennuyait en distribuant des punitions. Elle criait « Faute ! » en désignant la coupable, comme un arbitre. L’emploi du mot était abusif, dans ce cas : sœur Agnès l’avait repris du vocabulaire de son ordre. La règle de Saint-Joseph prévoyait une liste précise de fautes que les religieuses devaient absolument confesser, et le bavardage n’y était pas expressément cité. « Faute ! » avait lancé sœur Agnès, en pointant son doigt vers les deux amies. Elle fondit sur elles comme une buse sur des poussins.

« Vos noms ! » Lucienne s’exécuta,. Quand la nonne acheva de noter le nom de Flavinet, Angèle s’était esquivée. Disparue. « Jésus, est-ce possible ? Mais quelle effrontée ! » Sœur Agnès renonça à se ridiculiser en poursuivant la gamine qui avait dû s’éclipser derrière la machine la plus proche. Elle avisa la fille qu’elle avait sous la main : « Le nom de ta camarade ? » Lucienne sentit les larmes monter. Elle se voyait seule, trahie mais incapable de trahir à son tour. « Je sais pas, madame, oh, je vous en prie... » les sanglots engloutirent les autres mots dans une soupe répugnante. Angèle fit alors son apparition, le tablier encombré de bobines, comme pressée de reprendre sa place au côté de sa camarade et insensible à son tourment : « Bon, qu’est-ce que tu fous ? Retourne à ton poste. C’est pas ta machine, là ». Sœur Agnès n’en croyait pas ses yeux : « Ah, te voilà, toi ! C’est toi, n’est-ce pas ? » Angèle la dévisagea comme si elle mesurait la hauteur d’un tas de fumier : « Moi quoi ? Allez ma petite, on a assez perdu de temps comme ça, au boulot ! » Et elle repoussa Lucienne vers sa rangée, découvrit une tâche urgente au pied de la machine, qui lui permit de se détourner des yeux écarquillés de la religieuse. Sœur Agnès était stupéfaite par un tel culot, littéralement. Sa bouche se contracta en une moue de gorgone, derrière laquelle s’agglutinaient des insultes interdites. Mais la petite s’affairait avec tant de sérieux, en l’ignorant si complètement, qu’elle n’avait plus le choix que de faire un scandale énorme ou bien rester là, soufflée. Elle resta là, soufflée. Ses joues tremblaient : « On va voir ce qu’on va voir, fais-moi confiance » malédictions emportées par le vacarme de l’atelier. Indécise, dépitée, elle finit par tourner les talons.

 

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