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Autour de Sereine 3/7

Sereine est un court texte paru en 2025 aux éditions de la Force G. Christian Chavassieux avait écrit sur ce travail d'écriture particulier. 

Quoi qu’il en soit, je me place toujours, d’abord, du côté des victimes. Leur souffrance me bouleversent, la barbarie des auteurs me révolte. D’instinct, plus proche de Sereine que de sa mère. Mais dès lors que je m’empare du sujet, je dois admettre que c’est la psyché du bourreau qui m’intéresse  celle qui resterait inaccessible sans effort. Je n’ignore pas qu’il y a une sorte de romantisme dévoyé là-dessous : le criminel est l’aventurier. Il a osé, il a bravé l’interdit. Nous sommes, en comparaison, des moutons de Panurge (mais la prairie n’est pas si mal, disait un ami). « Les seuls gens qui m'intéressent sont les fous furieux, les furieux de la vie, les furieux du verbe, qui veulent tout à la fois » écrivit Jack Kerouac. Nous sommes pétris de contradiction : je préfère les sages et les doux, les tranquilles et les paisibles, et j’aime parler pour eux, les évoquer. Et que ce serait fatiguant de ne côtoyer que les fous furieux ! Jeter ainsi aux limbes de l'indifférence l'essentiel de l'humanité me semble une posture, et cela m'agace. Cependant, cependant… Oui, sans me fasciner, les bourreaux, les fautifs me questionnent, et je ressens comme un devoir d’aller fouiller cet exotisme pour voir un peu de quoi il est fait. Et peut-être ainsi aborder les parages de la folie qui fut la mienne, enfant. Refouiller cette zone secrète que j’habitais.

Mon premier roman paru était le portrait d’un petit fonctionnaire, agent médiocre qui s’élevait dans la société jusqu’au rang de tortionnaire officiel du régime. Je voulais créer un personnage intégralement mauvais. C’est assez réussi. Je déconseille cette lecture aux personnes sensibles. Azert est le seul personnage que je n’ai pas eu la tentation de racheter. Tous les autres salauds de mes romans (un dans chaque, minimum) recèlent une part de lumière que je ne peux m’empêcher de leur offrir.

Il n’y a pas de monstres, ici. Il n’y a de monstres nulle part. Mais si, par commodité, pour aller vite, on colle cette étiquette à la mère de Sereine, alors il faut ranger son mari dans le même registre. J’ai volontairement négligé l’homme, ici. On pourra croire que j’ai été charitable à son endroit, que j’ai concentré les feux de la responsabilité sur la seule mère. Ce n’est pas cela, ce monstre par ricochet ne m’intéresse pas. Son modèle était parait-il alcoolique et adultère. C’est bien commun, n’est-ce pas ? Pas de grand trouble là-dedans. Le connaître ne nous rapproche pas de l’impensable. J’ai construit un mari terne et indifférent, concentré sur ce que la société attend de lui, ni plus ni moins. Une absence d’intériorité dont on croise cent exemples au cours d’une vie. Son épouse par contre, la coupable, le monstre incompréhensible, répréhensible, rejoignait la galerie des êtres incertains que mes romans se plaisent à explorer. Elle m’étonne, bien sûr, mais je la connais déjà. L’enfant bizarre que j’étais me donne un coup de coude, il me désigne cette femme : « Elle, me dit-il pour confirmer mes choix, Tu sauras... ». Elle, donc, la mère de Sereine. L’opacité de ses pensées. L’orpailleur d’ombre en moi a commencé son travail.

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