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Autour de Sereine 4/7

Sereine est un court texte paru en 2025 aux éditions de la Force G. Christian Chavassieux avait écrit sur ce travail d'écriture particulier. 

Décrire Sereine, cette présence inconcevable pour celle qui la mit au monde, est une autre façon de circonscrire l’invisible, l’impensé. « Ça », « le presque rien », « la créature », « le point nodal »… évoquer le poids, la pâleur, l’odeur… ne pas se pencher sur son humanité avant qu’elle ne soit manifeste aux yeux de sa mère. Retenir la pensée qui voudrait dire l’enfant. Retenir le mot qui libérerait la mère de son fardeau, se retenir de lui montrer : sa fille. Le déroulement du fait-divers originel épaule la narration : « pas encore » me dit l’histoire vraie. La mère n’a pas encore compris ce qui se passe ici, même si certains enjeux lui apparaissent. Il va falloir l’accompagner dans son cauchemar longtemps encore, considérer les jours qui s’égrènent, ce quotidien morne et intangible sur des pages et des pages. Tu sais, lectrice, lecteur, c’est une asphyxie que je me suis imposé .

 

Alain et la mère de Sereine auraient pu être profondément amoureux. J’aurais pu leur accorder une complicité saine et sincère. Leurs modèles dans la vie ne m’ont pas incité à le faire. L’auraient-ils été, dans mon récit je veux dire, il n’y aurait pas eu d’affaire. La distance maintenue entre les époux est telle qu’elle laissait la place au gouffre dont parle la mère. Proches, Sereine aurait surgi à leurs faces, indéniable. Le gouffre mental a besoin d’espace.

Ainsi, s’émerveiller du spectacle de deux personnes amoureuses fait contrepoids à l’effroi des dérèglements criminels. Je suis toujours très touché de voir des gens amoureux. C'est une démonstration qui met immédiatement à bas toutes mes préventions cyniques. J'ai toujours envie de croire que les humains sont d'abord des produits et des pourvoyeurs de l'amour. S’enfoncer dans les ténèbres, aller perdre son humanité comme on abandonne un chien, cela ressemble aux effets d’un défaut d’amour. Depuis sa glace, mon reflet s’étonne : ça ne peut pas être aussi simple ?

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